PIQUER
. v. a.
Percer, entamer légèrement avec quelque chose de fort pointu. Une épingle l'a piqué. Il y a des épines qui piquent fort. Piquer quelqu'un jusqu'au sang. Je me suis piqué. Piquer un papier, Y faire de petits trous.  Il se dit aussi Des serpents, de la vermine, des insectes qui mordent, qui entament la peau. Être piqué par un serpent. Être piqué de la tarentule. Être piqué par un cousin. Les puces l'ont piqué toute la nuit. Les mouches piquent les chevaux.

Prov. et fig., Quelle mouche le pique, l'a piqué ? se dit D'un homme qui se fâche, qui s'est fâché sans sujet.

PIQUER, se dit aussi D'un chirurgien qui avec sa lancette entame la peau pour ouvrir la veine et en tirer du sang. Le chirurgien l'a mal piqué, l'a piqué deux fois avant de lui tirer du sang, sans pouvoir lui tirer de sang.   Piquer l'artère, le nerf, etc., Blesser l'artère, le nerf, etc., en ouvrant ou croyant ouvrir la veine.  En termes de Maréchal, Piquer un cheval, Lui faire entrer la pointe du clou jusqu'à la chair vive, en le ferrant.  En termes de Manége, Piquer un cheval, et absolument, Piquer, Donner des éperons à un cheval, et le pousser au galop. Il piqua son cheval, qui partit au galop.   Ce cavalier pique bien, Il pousse vigoureusement son cheval au galop.  Piquer des deux, Faire sentir les deux éperons à un cheval, afin d'accélérer sa marche.

Fig. et fam., Piquer des deux, Aller très-vite, faire beaucoup de diligence. Il faudra piquer des deux, si vous voulez arriver. Pour réussir dans cette affaire, il faut piquer des deux.

Fam., Piquer la mazette, Monter un mauvais cheval.  En termes de Chasse, Piquer dans le fort, Pousser son cheval au galop dans le fort du bois.

PIQUER, signifie aussi, Faire avec du fil ou de la soie, sur deux ou plusieurs étoffes mises l'une sur l'autre, des points qui les traversent et qui les unissent. Piquer une courte-pointe. Piquer des bonnets.   Piquer un collet d'habit, des poignets de chemise, etc., Y faire des points et arrière-points symétriques pour les orner.  Piquer du taffetas, du tabis, Y faire de petits trous par compartiments.  Piquer une pierre, un moellon, une meule, etc., Les rendre raboteux, en y faisant de petits enfoncements avec le côté pointu du marteau Piquer de la viande, La larder avec de petits lardons, et près à près. Piquer des perdreaux. Son cuisinier a mal piqué, a bien piqué ces lapereaux. On a piqué ce rôti fort proprement.   Piquer de gros lard un morceau de boeuf, un levraut, etc., Les larder avec de gros lardons.  Au Jeu de billard, Piquer la bille, La toucher presque perpendiculairement avec la queue.

Fig. et fam., Piquer le coffre, piquer le tabouret, Attendre dans les antichambres du roi, des princes, etc. Il n'est plus usité.

Fig. et fam., Piquer l'escabelle, se dit Des jeunes gens qui travaillent dans les études des notaires ou des avoués. Il est peu usité.

Fig. et fam., Piquer les tables, les assiettes, et plus ordinairement, Piquer l'assiette, Courir après les dîners en ville. On dit substantivement, Un pique-assiette, Un parasite Piquer les absents, dans un chapitre, dans un bureau, dans un atelier, etc., Marquer ceux qui sont absents, afin qu'ils soient privés de la rétribution due à ceux qui sont présents. On l'a piqué quatre fois ce mois-ci. Il ne veut pas se faire piquer, il arrive toujours avant l'heure.

Fig., Piquer des ouvriers, Veiller à ce qu'ils soient présents, à ce qu'ils ne perdent pas leur temps, et fassent bien leur ouvrage.

PIQUER, se dit aussi Des choses qui affectent le goût de telle sorte que la langue semble en être piquée. Ce vin pique la langue agréablement, désagréablement. Ce fromage pique. On dit que Du poisson pique, lorsqu'il affecte désagréablement la langue, parce qu'il n'est plus frais. Voilà de l'alose qui commence à piquer.

PIQUER, se dit, figurément et au sens moral, Des choses qui font une impression vive et agréable. Il n'y a rien dans cet ouvrage, dans ce style, qui pique et qui réveille. Il y a dans la physionomie de cette femme je ne sais quoi qui pique et qui attire.   Piquer la curiosité de quelqu'un, Rendre plus vif le désir qu'il a de savoir quelque chose.

PIQUER, signifie aussi, Fâcher, irriter, mettre en colère. Ce discours l'a piqué, l'a piqué au vif, jusqu'au vif. La moindre chose le pique. Il dit souvent des choses qui piquent.   Piquer quelqu'un d'honneur, Lui persuader qu'il y va de son honneur de faire ou de ne pas faire quelque chose.

PIQUER, avec le pronom personnel, Se sentir offensé, prendre en mauvaise part. C'est un homme qui se pique du moindre mot qu'on lui dit.   Il signifie aussi, Se glorifier de quelque chose, en faire vanité, en tirer avantage, en faire profession. Il se pique de bien écrire, de bien parler, etc. Il se pique d'être bien fait, d'être brave, de bien danser, etc. Il se piquait de naissance, de noblesse. Il ne se pique d'autre chose que d'être honnête homme. Il est savant, du moins il s'en pique.   Se piquer d'honneur, Montrer dans quelque occasion plus de courage, plus de générosité, etc., qu'on n'a coutume d'en faire paraître.  Se piquer au jeu, ou simplement, Se piquer, S'opiniâtrer à jouer malgré la perte. Il se pique aisément au jeu. Quand il se pique, il est capable de hasarder tout son bien.

Fig. et fam., Se piquer au jeu, être piqué au jeu, se dit D'une personne qui veut venir à bout de quelque chose, malgré les obstacles qu'elle y trouve.  Ce bois se pique, ces étoffes se piquent, Les vers s'y mettent. Ce papier imprimé se pique, Il commence à se gâter, faute d'avoir été étendu et séché. Ce vin, cette boisson se pique, Ce vin, cette boisson commence à s'aigrir.

PIQUÉ, ÉE. participe, Jupon piqué. Construction de moellons piqués. Poulet piqué, lardé. Il parle en homme piqué, fâché, irrité.  En termes de Musique, Notes piquées, se dit d'Une suite de notes sur chacune desquelles on met un point ou un accent aigu, pour indiquer qu'elles doivent être rendues d'une manière égale par des coups de gosier, de langue ou d'archet secs et détachés.

L'Academie francaise. 1835.

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