Rene Barjavel

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René Barjavel

Série Science-fiction
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René Barjavel, né le 24 janvier 1911 à Nyons (Drôme) et mort le 24 novembre 1985 à Paris, est un écrivain et journaliste français principalement connu pour ses romans d'anticipation.

Certains thèmes y reviennent fréquemment : chute de la civilisation causée par les excès de la science et la folie de la guerre, caractère éternel et indestructible de l'amour (Ravage, Le Grand Secret, La Nuit des temps, Une rose au paradis). Son écriture se veut poétique, onirique et, parfois, philosophique. Il a aussi abordé dans de remarquables essais l'interrogation empirique et poétique sur l'existence de Dieu (notamment, La Faim du tigre), et le sens de l'action de l'homme sur la Nature. Il fut aussi scénariste/dialoguiste de films. On lui doit en particulier le scénario du Petit monde de Don Camillo.

Sommaire

Biographie

Il naît en 1911 à Nyons, dans la Drôme paysanne. Son père boulanger est mobilisé pour la guerre. Sa mère le remplaçant, elle n'a que peu de temps à lui consacrer et l’enfant seul découvre la nature et s'émerveille de ses prodiges. Il se plonge dans la littérature, grandit dans l’amour d’une mère happée par le travail et l’affection de sa cousine, Nini. Ce regard d’enfant grave dans sa mémoire des souvenirs intenses qu’il répercute dans son autobiographie La Charrette bleue. Celle-ci est avant tout l’écho de son enfance, et laisse peu de place à sa vie adulte. Sa mère meurt en 1922, des suites de la maladie du sommeil. Cette disparition précoce laissera l'enfant de onze ans désemparé.

Barjavel disait n’avoir gardé aucune mélancolie de son enfance, c'est parce qu’il n’en a pas tout perdu, du bonheur incessant de vivre jusqu’aux images fortes des choses les plus simples, qui sont miraculeuses, et éternelles « Elle guettait de nouveau, dragon immobile, au centre de sa rosace, au-dessus de l’eau noire. Je crois qu’elle y est restée des années. Elle y est peut-être encore. » Il s’est attaché à ne pas en perdre la naïveté qui préserve du mal-être de l’âge adulte.

Toute occasion lui est propice à cultiver son bonheur. Dans la vétusté de son appartement, qu’il a choisi du balcon en regardant le ciel, la vie n’est pas toujours simple, mais même les situations les plus difficiles sont occasions pour en tirer parti : « Mon ami le percepteur me fait parvenir un billet rose. C'est le "dernier avis avant saisie". Malgré les quelques acomptes que j'ai versés, il me reste à payer une somme effrayante. Bien entendu, je n'ai pas de quoi le payer. Je vais essayer un nouvel acompte. Il paraît qu'il a le droit de saisir même en l'absence du contribuable. Il ne faudrait pourtant pas que, revenant de vacances, nous trouvions la maison vide !... Oh ! et puis, après tout ! Cela simplifierait notre existence. Nous étions bien plus à l'aise avant d'acheter l'armoire ».

À l’école, il se montre médiocre écolier, voué à la succession de son père. Abel Boisselier, professeur de français, remarque ses qualités dans cette matière et l’exhorte à continuer ses études. Son père ne peut les lui assurer, et le professeur en fait son protégé et le recueille. René le suit lorsqu'il est nommé proviseur à Cusset et il devient pensionnaire. Le baccalauréat qu’il réussit en 1927 clôt ses études qu’il ne peut poursuivre, faute de moyens financiers. Il entame une série de petits métiers, (surveillant de collège, professeur d'anglais, employé de banque...). À dix-huit ans, il est embauché au quotidien Le Progrès de l'Allier et commence sa carrière de journaliste. Il rencontre l'éditeur Robert Denoël au cours d’une interview et celui-ci l’embauche. Il arrive donc à Paris en 1935 et travaille comme emballeur chez Denoël. Il gravira les échelons de la hiérarchie de la maison d'édition pour finir directeur littéraire. Il y fréquente de nombreuses personnalités du monde littéraire dont Lanza del Vasto et Jean Anouilh, avec lequel il fonde la revue littéraire La Nouvelle saison en 1936.

Marié en 1936, père de Renée (Nanou) et de Jean dans les deux années qui suivent, il forge, avec les maladies qui assaillent les enfants-bébés, ses grands thèmes sur la Vie et la médecine, ceux de La Faim du tigre.

La guerre

Pendant la guerre de 1939-1940 qu’il fait dans les zouaves, il développe un penchant antimilitariste. Affecté aux cuisines sous le grade de caporal-chef, sa tâche principale consiste à chercher et distribuer le ravitaillement[1]. Il est révolté par l’esclavage du soldat et la bêtise militaire. De retour dans Paris qu’il ne quittera plus, il fait partie de l'équipe de Je suis partout, l'hebdomadaire de Robert Brasillach et retrouve sa place de chef de fabrication chez Denoël[1]. En 1943 il publie son premier roman, Ravage.

À la Libération de Paris, il n'échappe pas à la vague de suspicion de l'époque, mais ses amis écrivains le blanchissent des accusations de collaboration portées contre lui. Ce ne sera pas le cas de Robert Denoël : lorsque le comité d'épuration démet ce dernier de ses fonctions, Barjavel dirigera de fait la maison d'édition jusqu’à l'assassinat de l'éditeur le 2 décembre 1945.

Après-guerre

Après la guerre, il mêle les activités de journaliste, de critique, de romancier et de scénariste. Le manque d’argent et l’échec de Le Diable l’emporte sont un début de rupture avec sa carrière de romancier, il s’aventure dans le cinéma. La tuberculose et ses lacunes financières l’empêchent de réaliser Barabbas. Adaptateur, dialoguiste, le cinéma n’en gardera pas un passage marquant, malgré son empreinte profonde dans de nombreux films, dont les Don Camillo, Les Misérables (de Jean-Paul Le Chanois), Les Chiffonniers d'Emmaüs, Le Mouton à cinq pattes, Le Guépard, etc. Avec La Faim du tigre, il croit couronner sa carrière, le ton et la conclusion en gardent cette marque, mais c’est Demain le Paradis, autrement plus optimiste, qui termine l’œuvre de l’auteur qui aura vécu un formidable renouveau depuis cet essai, qui par ailleurs conserve sa place de choix. Dans la préface de cet ouvrage, il mentionne comment le Docteur Paul Carton, grâce à son extraordinaire médecine naturelle, lui permit d'élever ses enfants sans accident de santé. Alors qu'il venait consulter le médecin pour une otite dont souffrait son enfant, le Dr Carton lui déclara : « Monsieur, vous êtes un assassin ! ». Il lui expliqua ensuite la conduite à tenir pour ne plus être confronté à de tels soucis de santé, ce que René Barjavel mit en oeuvre avec succès.

Avec La Nuit des temps, paru en 1968, démarre sa carrière de grand écrivain populaire, comme l’avait prévu l'astrologue Olenka de Veer qu'il avait rencontrée deux ans auparavant. Il se fait chroniqueur au Journal du dimanche (Les libres propos de René Barjavel, qui seront recueillis dans Les Années de la lune, Les Années de la liberté et Les années de l’homme), et parachève son œuvre dans l’esprit qui surpassera désormais toutes les inclinaisons pessimistes, celui de l’espoir.

Il décède le 24 novembre 1985. En 74 ans, il aura parcouru les onze mois de l’année de sa vie : sans avoir apporté les réponses aux grandes questions et angoisses de La Faim du tigre, qui ne l’ont jamais quitté, il a néanmoins bâti tout un modèle de vie, retrouvé l'émerveillement de son enfance, et, auteur philanthropique parmi tous, adopté une position tolérante et de compassion. Même dans son âge avancé, il n'a cessé d'écrire.

Les thèmes

René Barjavel, précurseur de la science-fiction « à la française »

À l'époque (1942) où il publie ses deux premiers romans fantastiques, Barjavel fait figure de précurseur dans le désert qu'est alors la science-fiction française. La science-fiction américaine ne débarquera en effet massivement qu'après 1945, et encore faudra-t-il de longues années avant que des noms comme Isaac Asimov, Clifford Donald Simak ou même l'ancêtre Howard Phillips Lovecraft soient connus de plus que quelques amateurs.

Et c'est un peu a posteriori que l'on rattache les premiers romans de Barjavel (Le Voyageur imprudent et Ravage), au genre de la science-fiction : le terme n'est pas encore utilisé en France ; on parle plutôt de « roman scientifique » chez Jules Verne, de « roman d'anticipation » pour J.-H. Rosny aîné ou Albert Robida ou encore de « roman extraordinaire » chez Barjavel, mais pas encore de science-fiction : ce terme, anglo-saxon, ne s'imposera que plus tard. Et de surcroît, dans ses deux romans écrits et publiés dans un Hexagone alors coupé du monde anglophone, Barjavel ne fait intervenir ni extra-terrestres répugnants, ni robots psychopathes, ni voyages spatiaux, ni mutants. Mais il y développe déjà des idées typiques du déferlement des années 1950 : apocalypse, fin du monde, voyage dans le temps, retour à la barbarie et autres catastrophes imputables à une technologie aliénante ou malicieusement utilisée.

Barjavel, bien que se démarquant de la littérature de l'époque par ses thèmes fantastiques, est aussi un écrivain de son temps. On a parfois voulu discerner dans Ravage (1943) un écho de l'idée pétainiste du retour à la terre et de la méfiance envers l'urbanisation d'une France encore majoritairement rurale. Barjavel se verra à cet égard reprocher sa signature dans différents journaux de la collaboration tels Je suis partout et Gringoire. Il abandonnera néanmoins rapidement cette veine collaborationniste suite au succès de Ravage. Il y décrit, avec un sens aigu de la satire, une civilisation technologique du XXIe siècle — l'action se situe en 2052 — ramenée au Néolithique par la disparition soudaine de l'électricité, qui brutalement met fin au machinisme. Une effroyable décomposition sociale s'ensuit, où la brutalité et la loi du plus fort resurgissent dans les mégapoles en proies aux flammes et à la famine.

Si Barjavel semble nettement se méfier du progrès (notamment dans la scène finale, où le nouveau roi d'un monde revenu techniquement au Moyen Âge agricole fulmine contre le réinventeur d'une machine à vapeur pourtant très primitive), ces inquiétudes étaient très présentes à l'époque (cf. La France contre les robots, de Georges Bernanos), ou encore René Guénon, dont Barjavel faisait grand cas : l'influence de La Crise du monde moderne sur Ravage est évidente (la catastrophe qui y est décrite est une « version plausible » de celle qui, selon Guénon, est censée sanctionner la folie du monde matérialiste moderne). La suite de son œuvre a pourtant montré qu'il n'était pas opposé au progrès, à tel point que cette scène peut également passer pour une satire de l'obscurantisme. On peut aussi y voir les regrets d'un homme de la terre devant l'exode rural qui allait s'intensifier jusque dans les années 1970 et transformer la société française de manière irréversible : Ravage n'est-il pas dédié par l'auteur « à mes grands-pères paysans » ?

Le Voyageur imprudent est bien moins « engagé », c'est un chef-d'œuvre de fantaisie pure et de cruauté humoristique qui précède en outre les années 1950 dans l'exposition de ce que l'on appelle le « paradoxe temporel ». On oublie en outre souvent que les deux œuvres sont liées, le monde futur très lointain que visite le voyageur du temps étant la suite de la catastrophe de 2052. Barjavel y expose une vision « biologique » de l'avenir de l'humanité, amusante et délirante illustration des thèses évolutionnistes, son voyage en l'an 100 000 n'étant pas, à cet égard, sans rappeler l'an 802 701 du Herbert George Wells de La Machine à explorer le temps.

Avec Le Diable l'emporte (1948), Barjavel aborde la question alors très actuelle de la Troisième Guerre mondiale (on est en pleine guerre froide). Ce thème sera l'un des favoris de la SF américaine de l'après-guerre (Dr. Bloodmoney, de Philip K. Dick, Le Lendemain de la Machine, de Rayer, Je suis une légende, de Richard Matheson, etc.). Mais là encore l'humour noir le plus cruel épice le genre de l'anticipation, et les moyens que l'humanité emploie pour s'autodétruire sont loin de se limiter aux armes nucléaires. Barjavel ne manque pas, à travers l'absurde robotisation du « civilisé inconnu » ou les dérapages de l'agriculture industrielle (la poule géante dévorant un stade de football), de se moquer avec cruauté des dérives de la manipulation du vivant.

Barjavel ira jusqu’à envisager que l'humanité s'est dotée de la bombe atomique par instinct malthusien de limitation de l'explosion démographique, thèse exposée dans La Faim du tigre sur un ton philosophique voltairien à l'humour dévastateur.

Les années 1960 verront Barjavel très en phase, plus ou moins consciemment, avec les idées de Mai 68 (Les Chemins de Katmandou) qu'il évoque même avant qu'elles ne s'expriment, dans la poignante Nuit des temps (ou le thème de la guerre totale est de nouveau exploité), ainsi que dans Le Grand Secret, où l'on découvre un Barjavel nettement favorable à la libération sexuelle et plutôt libertaire. Il est aussi l'un des rares auteurs de science-fiction (avec Arthur C. Clarke dans La Cité et les Astres) à avoir traité de manière approfondie et spéculative le thème de l'immortalité.

Dans Lettre ouverte aux vivants qui veulent le rester, Barjavel prend clairement position contre le nucléaire civil.

Néanmoins, Barjavel ne peut être classé politiquement, on peut même dire — les rapports entre la Russe Leonova et l'Américain Hoover dans La Nuit des temps l'illustrent — qu'il est apolitique.

Œuvres

Romans
Contes étranges et nouvelles

Voir aussi

Liens externes

Notes et références

  1. a  et b Yves Ansel, Dossier à la suite de l'édition de Ravage chez Folio Plus, 1996, p.320
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